samedi 1 juillet 2017

UNE TRIBUNE CONTRE L’ÉPREUVE DE FORT BOYARD « L’ASILE » | HumaPsy

UNE TRIBUNE CONTRE L’ÉPREUVE DE FORT BOYARD « L’ASILE » | HumaPsy
https://humapsy.wordpress.com/2017/06/30/une-tribune-contre-lepreuve-de-fort-boyard-lasile/

SOS Psychophobie, Humapsy et Comme des fous publient une tribune contre la psychophobie, pour obtenir le retrait de la dernière épreuve du célèbre jeu télévisé Fort Boyard intitulée « l’asile ». Soutenez-les !  Indignez-vous auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel 
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« Pour ne pas finir au trou, secouez-vous comme un fou. » C’est ainsi que commence la nouvelle séquence télévisé du jeu Fort Boyard diffusée le samedi 24 Juin. Ce n’est pas nouveau : l’épreuve «Asile» a existé de 2001 à 2006. Selon le site internet de l’émission, « on se retrouve pour cette épreuve dans une véritable cellule d’asile. » En 2017, Fort Boyard remet ça : « Ici c’est un hôpital psychiatrique. Et je pense qu’on a quand même deux trois fêlés, ça tombe plutôt bien ».
Nous sommes usagers en psychiatrie ou concernés par la santé mentale. L’hôpital psychiatrique, nous l’avons vécu. L’enfermement contre notre gré aussi. Quand le participant Kamel le magicien apprend qu’il a été choisi entre tous pour incarner un fou, il décide de nous imiter : en se frappant la tête et en criant. Les cris reviennent régulièrement sur la bande son durant l’épreuve.
Qui sont les fous ? Qui est, en France, la Française ou le Français sur 5 qui souffre d’un trouble psychique ? Qui sont les 92000 personnes hospitalisées contre leur volonté chaque année ? Que ressentent-elles, qu’éprouvent-elles, de quoi auraient-elles envie, pourrait-on mieux les soigner ? France 2 nous fournit des réponses alarmantes : « Quand on entre dans l’asile, on a tendance à devenir fou et à marcher au plafond. » Les fous marchent sur la tête, c’est bien connu. Cinglé dans une camisole de force, emprisonné, Kamel se livre à un spectacle que seules les personnes traumatisées par ce genre de traitement ont pu connaître. Ne pas être libre de ses mouvements, être surveillé par une caméra, être livré à soi-même face à une souffrance et des angoisses massives, c’est ce nous avons connu. C’est ce que vivent certains en ce moment même.
Nos vies ne sont pas un divertissement. L’hôpital psychiatrique n’est pas un « univers » fictionnel et divertissant, la maladie psychique n’est pas un jeu télévisé, et la chambre d’isolement n’est définitivement pas un lieu qui distrait les personnes qui s’y trouvent. En l’occurrence, ce sont pour ces dernières qu’il s’agit d’une véritable épreuve… Fort Boyard n’aurait pas créé une salle où il faut se sortir d’une chimiothérapie ou d’un fauteuil roulant. Mais il le fait pour la psychiatrie. Nous – les fou-olles – souhaitons ne pas laisser cette énième mise en scène de la psychophobie ordinaire passer.
Qu’est-ce-que la psychophobie ? La stigmatisation, la minimisation, le déni, la marginalisation, la dérision, des usagers et usagères en psychiatrie. C’est quand le meurtrier ou Donald Trump sont forcément des « fous », des « aliénés » ou des « psychopathes ». C’est quand on traite les gens de « tarés », de “cinglés” ou de “dingues” parce qu’ils ont un comportement inapproprié. C’est quand on prend « l’asile » (notez le choix du terme) comme décor pour faire frémir le public devant sa télévision, tranquillement installé sur son canapé.
Les médias de masse, tels que la télévision et le cinéma, sont des vecteurs fort qui permettent de construire et d’alimenter le référentiel commun de la société, notamment en terme de stéréotypes. Cette émission, particulièrement stigmatisante à l’encontre des personnes psychiatrisées, contribue donc à la perpétuation de stéréotypes qui nous nuisent et nous font du mal au quotidien. Qui, apprenant nos problèmes de santé, nous louera un appartement ou nous embauchera, si l’image qui est véhiculée de nous dans la société est celle-ci ? Ces clichés nous condamnent à vivre, en plus des conséquences directes de nos maladies, dans une situation d’isolement permanent.
Dire notre maladie, c’est nous exposer aux conséquences concrètes des préjugés : mise à l’écart, moqueries, insultes, défiance, discriminations, agressions. En France, on estime que 10% des personnes en recherche d’emploi sont concernés par le handicap psychique (données : AGEFIPH – 2013). Au lieu de nous stigmatiser, nous souhaitons qu’au même titre que toute personne en situation de handicap, nos compétences et connaissances soient valorisées et notre expérience de vie respectée. De la même manière que pour toute autre forme de handicap ou de problème de santé, nous attendons de la société qu’elle soit respectueuse envers nous et qu’elle prenne en considération nos besoins. Aussi, nous souhaitons que des excuses soient présentées par l’émission et l’épreuve retirée. En 2016, Fort Boyard s’est mobilisé pour une dizaine d’associations, dont l’association “Perce-Neige”, qui s’engage pour les enfants souffrant d’un handicap mental. Ne nous trouvons-nous pas, par cet exemple, en pleine contradiction ?

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